17.
Coincée

 

« En 1217, des traqueurs de sorcières emprisonnèrent une sorcière Vikraut. Cependant, le lendemain matin, la cellule fut retrouvée vide. D’où le dicton suivant : “Mieux vaut tuer une sorcière par trois fois que de l’enfermer une seule, car nul ne peut soumettre une sorcière.” »

 

Sorcières, sorciers et mages,

Altus Polydarmus, 1618

 

 

Octobre. J’ai rangé mon ancien journal intime. Aujourd’hui, j’écris pour la première fois dans mon Livre des Ombres. Je ne sais pas si je m’y prends comme il faut. Je n’en ai jamais vu d’autres. Mais je tenais à laisser une trace de ce qui m’arrive cet automne, cette année. Ma renaissance. Ma renaissance en tant que sorcière. Je ne me suis jamais sentie aussi heureuse, ni aussi effrayée.

 

 

* * *

 

 

— C’était vraiment incroyable, me suis-je enthousiasmée en ouvrant mon yaourt. Le jardin suivait un tracé en huit rayons, comme la roue des sabbats de la Wicca. Que des plantes médicinales et des herbes aromatiques. Tout ça planté par des bonnes sœurs ! Des bonnes sœurs catholiques !

Tout en prenant une cuillerée de yaourt, j’ai dévisagé tour à tour mes camarades de table.

Nous étions assis dans le self du lycée, et Robbie avait commis l’erreur de me demander comment s’était passée la sortie, organisée par la paroisse – sa famille fréquente la même que nous. Et maintenant, j’étais intarissable.

— On ne se méfiera jamais assez des bonnes sœurs, a lancé Robbie avant d’avaler une gorgée de milk-shake.

— C’est fou comme la Wicca imprègne notre monde, a ajouté Jenna, les yeux écarquillés.

Elle a tamponné ses lèvres avec sa serviette en papier, puis elle a repoussé ses cheveux par-dessus son épaule en poursuivant :

— Maintenant que j’en sais un peu plus, je repère des signes absolument partout. Ce week-end, ma mère parlait d’aller à Red Kill acheter une citrouille pour Halloween, et j’ai soudain compris d’où venait cette tradition.

— Salut, a lâché Ethan d’une voix ensommeillée. Quoi de neuf ?

Il s’est affalé sur une chaise près de Sharon. Ses yeux étaient rouges et ses longues boucles toujours aussi emmêlées.

Sharon lui a jeté un regard dégoûté avant de se décaler comme par peur qu’il ne salisse sa jupe écossaise et son chemisier blanc immaculés.

— Ça ne t’arrive jamais de ne pas te défoncer ? lui a-t-elle demandé.

— Hé, j’ai rien fumé, a-t-il rétorqué. Je suis juste enrhumé.

À voir sa tête, j’ai deviné qu’il disait vrai : s’il n’avait pas les idées claires, seuls ses sinus bouchés en étaient responsables.

— Ethan a renoncé à la fumette, a annoncé Cal d’un ton posé. Pas vrai, Ethan ?

L’air contrarié, ce dernier a ouvert une canette de jus de canneberge achetée au distributeur.

— C’est vrai, mec. Ma seule drogue, c’est la vie.

Son sarcasme a fait rire Cal.

— Purée ! Bientôt, tu me diras qu’il faut que je devienne végétarien, a-t-il grommelé encore.

— Pitié, tout sauf ça, a gémi Robbie.

L’air guindé, Sharon s’est tortillée sur sa chaise pour s’éloigner un peu plus d’Ethan. Ses bracelets en or ont cliqueté autour de ses poignets lorsqu’elle a planté une baguette dans un morceau de poulet teriyaki.

— Fais gaffe à ce qu’elle te refile pas ses poux, a murmuré Beth à Ethan.

Ce jour-là, Beth portait un diamant à la narine et un bindi brillant sur le front. Ses yeux de chat verts, qui tranchaient avec son visage hâlé, lui donnaient un look exotique.

Sharon lui a adressé une grimace tandis qu’Ethan s’étranglait de rire en buvant son jus.

Bree et moi avons échangé un regard, puis les yeux de mon amie se sont rivés sur Cal. Sans flancher, j’ai continué à manger mon yaourt. On est restés là, serrés autour de la table prévue pour seulement huit couverts : Bree et moi ; Raven et Beth, avec leurs piercings, leurs cheveux teints et leurs tatouages au henné ; Jenna et Matt, le couple parfait ; Ethan et Robbie, grungy sur les bords ; Sharon Goodfine, la petite princesse coincée ; et Cal, le dénominateur commun. Il nous a passés en revue, l’air heureux d’être là avec nous. Nous étions les neuf privilégiés. Son nouveau coven, si nous le voulions.

Moi, je le voulais plus que tout.

 

* * *

 

— Morgan, attends ! m’a interpellée Jenna sur le parking.

On était vendredi après-midi, une autre semaine de passée.

En attendant qu’elle me rejoigne à ma voiture, j’ai fait glisser mon sac à dos sur mon autre épaule.

— Tu viens au cercle, demain soir ? m’a-t-elle demandé en approchant. Ça se passe chez moi. On pourrait faire des sushis…

J’avais l’impression d’être une alcoolique à qui l’on proposait un cocktail fort, frappé. L’idée de participer à un autre cercle, de sentir la magye s’insinuer dans mes veines, de retrouver l’intimité magyque qui me rapprochait de Cal, tout cela me donnait presque envie de gémir d’impatience.

— J’aimerais vraiment… ai-je répondu, hésitante.

— Et pourquoi tu ne pourrais pas ? s’est-elle étonnée. La Wicca te passionne, non ? Et, selon Cal, tu as un véritable don pour la magye blanche.

— Mes parents m’ont interdit de m’intéresser à la sorcellerie. Je meurs d’envie de venir, mais je n’imagine même pas la scène qu’ils me feraient…

— Dis-leur que j’organise une fête. Ou que tu viens dormir chez moi. Tu nous as manqué, la semaine dernière. C’est plus sympa quand tu es là.

— Tu veux dire que personne ne s’est effondré en se tenant la poitrine de douleur ?

— Non, a-t-elle répondu dans un éclat de rire. Mais Cal a bien dit que tu étais hyper sensible, non ?

Matt, qui venait de nous rejoindre, l’a prise par la taille. En voyant le sourire qu’elle lui a adressé, je me suis demandé s’il leur arrivait de se disputer, de douter de leur amour.

— Oui, c’est bien moi, Morgan la sensible.

— Essaie de venir, d’accord ?

— D’accord. Je ferai de mon mieux. Merci.

Une fois dans ma voiture, j’ai repensé à Jenna : je ne m’étais jamais doutée qu’elle était si gentille puisque, jusque-là, nous fréquentions des groupes différents.

 

* * *

 

— On se fait une soirée tranquille. Tu veux venir ? m’a proposé Mary K. le samedi soir. Jaycee a loué un film à l’eau de rose : on va se goinfrer de pop-corn en se moquant de chaque scène.

— Quel programme alléchant, ai-je répliqué en souriant. Je ne sais pas pourquoi, mais je sens que je vais résister à la tentation. Bree et moi, on va peut-être aller au ciné. Il y aura Bakker, chez Jaycee ?

— Non. Il est parti avec son père dans le New Jersey pour voir un match des Giants.

— Tout se passe bien avec lui ?

— Nickel.

Mary K. s’est brossé les cheveux pour les rendre lisses et brillants, puis elle s’est fait une queue-de-cheval. Elle était adorable, et son look décontracté était parfait pour une soirée télé entre copines.

Malgré la fraîcheur de la nuit, elle est partie à vélo vers la maison de Jaycee, qui se trouvait à un kilomètre de chez nous. Au même instant, ma mère et mon père ont fait leur apparition dans le salon, sur leur trente et un.

— C’est où que vous allez, déjà ? ai-je lancé en posant mes pieds en chaussettes sur le canapé.

— « Où allez-vous déjà ? » a corrigé ma mère.

— C’est pareil, ai-je rétorqué en souriant.

Elle a feint l’exaspération.

— À Burdocksville, m’a-t-elle rappelé en attachant un collier de perles autour de son cou. Le spectacle a lieu à la maison de la culture. On devrait être rentrés vers onze heures. On a dit à Mary K. qu’on la prendrait en passant. Laisse un mot si Bree et toi décidez de sortir.

— D’accord.

— Dépêche-toi, Mary Grace, nous allons être en retard, l’a pressée mon père.

— À plus tard, chérie, a lancé ma mère en refermant la porte.

Une fois seule à la maison, j’ai couru me changer à l’étage : j’ai enfilé un haut imprimé et un pantalon gris. Je me suis démêlé les cheveux à toute vitesse, puis j’ai décidé de les laisser détachés. J’ai même ouvert le tiroir de la salle de bains pour jeter un œil à la collection infinie d’ombres à paupières, de blushs et de fonds de teint de Mary K. Qu’est-ce que j’étais censée faire de tout ça ? Comme je n’avais pas le temps d’apprendre, je me suis contentée d’appliquer une touche de gloss sur mes lèvres, puis j’ai dévalé l’escalier vers la porte.

Jenna habitait dans Hudson Estates, un quartier assez récent rempli de superbes demeures. J’ai attrapé mes clefs et mon manteau tout en enfilant mes chaussures. Je n’avais qu’une idée en tête : le cercle, le cercle, le cercle, et j’étais si excitée que j’en avais le tournis. Alors que j’ouvrais la porte pour sortir, le téléphone a sonné.

Que faire ? Répondre ou non ? Au bout de la quatrième sonnerie, je me suis jetée sur le combiné en me disant que c’était peut-être Jenna qui m’appelait pour un changement de dernière minute. Mais, avant même de coller l’appareil à mon oreille, j’ai su que c’était Mme Fiorello, la collègue de ma mère.

— Allô ? ai-je dit d’un ton sec.

— Morgan ? C’est Betty Fiorello.

— Bonsoir, ai-je répondu en pensant : Je sais, je sais.

— Bonsoir, chérie. Dis-moi, je viens d’avoir ta mère sur son portable, elle m’a dit que tu serais peut-être là.

— Oui, pourquoi ?

Mon cœur palpitait, mon sang battait dans mes veines. Une seule chose m’obsédait : voir Cal, sentir de nouveau la magye se déverser en moi.

— Écoute, il faut que je passe prendre quelques panneaux chez vous. Ta mère m’a expliqué qu’ils étaient dans le garage. On m’a confié la vente de deux nouvelles maisons et demain je dois en préparer trois autres pour des visites. Le croiras-tu, je suis à court de panneaux !

Mme Fiorello a la voix la plus insupportable que je connaisse. Je me suis retenue de hurler.

— Oui et… ? ai-je fait poliment.

— Je me demandais donc si je pouvais passer d’ici quarante-cinq minutes…

Prise de panique, j’ai jeté un coup d’œil à la pendule.

— V… vous ne pourriez pas venir un peu plus tôt ? Je… euh… je devais aller au cinéma.

— Oh !… Je suis désolée. Je vais faire de mon mieux, mais je dois attendre que mon mari rapporte la voiture.

Merde.

— Et si je laissais les pancartes dehors ? ai-je suggéré. Devant le garage ?

— Oh ! non, ma chérie, a-t-elle répondu, bien déterminée à me gâcher la vie. J’ai bien peur de devoir les choisir moi-même.

Ma mère avait entreposé au moins une centaine de panneaux immobiliers dans le garage. Je ne pouvais pas tous les empiler dehors. J’avais beau réfléchir à cent à l’heure, je ne voyais pas d’échappatoire.

— Bon, j’imagine que je ne suis pas véritablement obligée d’aller au cinéma, ai-je répondu de mauvaise grâce en espérant qu’elle comprendrait le sous-entendu.

Peine perdue.

— Je suis désolée, chérie. C’était un rendez-vous galant ?

— Non, ai-je lâché, pleine d’amertume.

Il fallait que j’abrège la conversation, sinon j’allais perdre mon sang-froid.

— On se voit dans quarante-cinq minutes, alors, ai-je conclu avant de raccrocher.

J’en aurais chialé. J’étais tellement dégoûtée que, pendant une seconde, je me suis dit que ma mère avait peut-être orchestré tout ça avec son amie pour me surveiller. Non, c’était peu probable.

En l’attendant, j’ai mis le lave-vaisselle en route et lavé la cuisine ; Cendrillon était de plus en plus en retard pour le bal. J’ai rempli la machine à laver d’habits à moi, puis j’ai poussé le volume de la chaîne hi-fi à fond pour chanter le plus fort possible. Ensuite, j’ai fourré mes vêtements humides dans le sèche-linge et j’ai programmé le minuteur pour quarante-cinq minutes.

Enfin, plus d’une heure plus tard, Mme Fiorello est arrivée. Je l’ai conduite jusqu’au garage, où elle a farfouillé pendant une éternité dans les pancartes de ma mère. Déprimée, je me suis assise dans l’escalier, la tête posée sur la main. Elle en a choisi environ huit et m’a remerciée joyeusement.

— De rien, ai-je soufflé poliment en la raccompagnant. Au revoir, madame Fiorello.

— Au revoir, ma chérie.

Il était presque dix heures. Il me faudrait vingt minutes en voiture pour aller chez Jenna. Autant dire que cela ne servirait à rien d’y aller. Je n’allais pas débarquer maintenant, alors que le cercle était presque fini.

Je me suis écroulée sur le canapé du salon. J’étais déçue mais, avant tout, j’avais peur de prendre trop de retard par rapport aux autres. Et si Cal renonçait à me former ? Et si tous refusaient de me laisser participer aux cercles suivants ?

J’étais au bord du gouffre. Je me suis raccrochée à une idée qui me tournait dans la tête depuis quelque temps. Si je ne pouvais pas explorer la Wicca avec le reste du groupe, je pouvais tout de même travailler un peu de mon côté. Alors, je prouverais au moins à Cal et aux autres que j’étais vraiment motivée. J’allais essayer de lancer un sort. Je savais déjà lequel. Le lendemain, j’irais à Magye Pratique pour acheter les ingrédients.

L'éveil
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